Grasse Matinée

Une pièce de René DE OBALDIA, mise en scène par Laurent DELPIT, avec Aude BEAUJOIN et Letti LAUBIES

Costumes : Françoise YAPO – Décors : Karine PECOT – Lumières : Awa M’BAYE – Son et musique originale: Virginie VALISSANT et Xavier MARCHAND

Résumé

Vitza mutatur non tollitur, nous enseigne la liturgie, la vie change mais ne disparaît pas. L’illustration nous est donnée ici par Artémise et babeth, deux voisines de cercueil qui devisent familièrement entre elles.

Le cimetière où reposent nos deux femmes-squelettes est situé le long d’une ligne de chemin de fer, et celles-ci (elles jouissent de sensations extrasensorielles) évaluent le temps en fonction du rythme des trains qui passent à heures fixes.

(…) Evocation de l’existence passée, bien sûr, avec l’évidence tragique que tout est joué, que l’on ne peut plus revenir en arrière- les images du film sont fixées à jamais. Mais aussi, questions de plus en plus angoissantes sur leur état présent, ce séjour dans les ténèbres… Se trouvent-elles dans une sorte de « no man’s land » où l’âme erre entre deux mondes avant de se réincarner dans un autre corps: « corps humain, animal ou même pire !».

Et que vient faire ce corbeau qui entrecoupe leur discours de ses croassements insistants, croassements dont le timbre ressemble étonnamment à celui de la voix de Fernand, l’ancien amant de Babeth ?

L’avenir, pour ne pas être bloqué, n’en demeure pas moins fort hypothétique. Les préparatifs du jugement dernier tirent encore en longueur…

« Quoi de plus réconfortant que l’odeur du café filtrant à travers la tombe ? » René de Obaldia,  Exobiographie

Note d’intention de mise en scène

Grasse matinée est une pièce radiophonique crée en 1977 pour Les Tréteaux de la  Nuit, sur France Inter et interprétée par Rosy Varte et Odette Laure. Pour la scénographie, Laurent Delpit a pensé ce qui suit : pour le décor (Karine PECOT) : deux cercueils à la verticale, en réalité deux cadres évoquant l’affiche de l’artiste polonais W.Walkuski pour une exposition sur les portraits funéraires.

Le tout éléve sur un praticable noir d’un mètre environ. Pour la bande-son (Virgine VALISSANT et Xavier MARCHAND) : présente tout au long du spectacle, elle lui confère une atmosphère hypnotique. Elle restitue tout ce qu’entendent les deux voisines de cercueils ; les trains et avions qui marquent le passage du temps, les bruits du monde, de la nature, les voix du passé et celle de l’employé de gare qui annonce…le devenir ? Puis un travail d’équipe autour  des costumes (Françoise YAPO), du maquillage (Aurélie BOUCHET) et de la lumière (Awa Mbaye).

Note sur l’auteur

René de Obaldia, poète, conteur et auteur dramatique français est élu à l’Académie française en 1999. La carrière théâtrale d’Obaldia avec Génousie au TNP-Récamier en 1960. Pendant une dizaine d’années les créations et les réussites se succèdent: L’Air du large, Le Satyre de la Villette, Le Général inconnu, Du vent dans les branches de Sassafras, l’une des pièces les plus jouées, Le cosmonaute agricole et Edouard et Agrippine. Sans oublier Les Impromptus à loisir (L’Azote et Le Défunt). Ce qui frappe dès l’abord chez Obaldia c’est une facilité d’écriture étonnante: langue inventée (chez Génousie), parodie de prosodie classique (dans Du vent), carambolages de références, courts-circuits d’images, détournements de lieux communs, entassement de borborygmes dont le sens émerge presque de lui-même, imitation des parures et des parlers les plus divers.

C’est peu de dire qu’Obaldia goûte la chair des mots, il en déguste la pulpe et en décompose les saveurs; il en connaît toutes les espèces  et se livre à des greffes insolites, et toujours réjouissantes. Obaldia enchaine à toute vitesse – ou plutôt laisse le langage enchaîner- sans que rien ne limite sa verve inventive, les situations et les rapports de personnages les plus abracadabrants, avec toujours un fond de tendresse et un obscur regret que les choses ne soient pas plus simples et qu’on ne puisse pas, simplement, se taire et peut-être, être heureux. D’après Mr Corvin dans le Dictionnaire encyclopédique du Théâtre- Larousse.

Presse

La Dépêche du Midi (14/02/2004) :

Histoire d’os: Rarement a-t-on vu squelettes aussi délicieusement charnus, au service d’un texte qui laisse à penser que son auteur a versé avant d’écrire une bonne dose de vin d’ici dans l’eau de là. Le décor est parfait: une caisse en sapin, un beau cercueil de chêne. La bande-son est à l’avenant: ni plus ni moins que l’absolument nécessaire. Quant à Aude Beaujoin et Letti Laubiès, elles maîtrisent de leurs carcasses verticales cet immense jeu de mots avec à peine un soupçon de préciosité. Une leçon de savoir-vivre…

Jacques-Olivier BADIA

Images en scène-Théâtre de Poche saison 2002-2003 :

« Quoi de plus réconfortant que l’odeur du café filtrant à travers une tombe ? »Tout l’univers absurde et décalé de l’auteur, René de Obaldia (de l’Académie Française) est contenu dans cette phrase qui convient parfaitement à cette comédie d’humour noir. Deux femmes, deux défntes, s’entretiennent de leurs vies passées, de la vie en général et de leur devenir hypothétique…

Dans une mise en scène élégante, nimbée de bruits et de sons étranges, les deux comédiennes, délicieuses trépassée, rivalisent de cocasserie et d’humour noir.

Didier ALBERT